Tristessa.

« Vous savez, comme Goethe à quatre-vingts ans, que l’amour est futile et vous vous en arrachez – Vous repoussez le baiser tiède, la langue, les lèvres, la pression sur la taille fine, l’appel de cette chose qui flotte, tiède contre vous et que vous serrez fort – petite femme – pour laquelle coulent les fleuves et tombent les hommes des échelles de corde – Les doigts longs et minces et froids de Tristessa, et lent et calmes et nonchalants comme la fente de ses lèvres – Nuit d’Espagne de Tristessa de son trou d’amour profond, quand elle rêve de vous elle voit des combats de taureaux, la rougeur pâle indolente humide de la joue – ET toutes les merveilles simultanées d’une merveilleuse femme pour lesquels un jeune homme étranger perdu dans un pays lointain rêve de rester . »
Jack Kerouac – Tristessa

Dido’s Lament.

Tu peux négliger de considérer ce qui a du pouvoir sur toi. Tu as toi, ta science nouvelle. Si tu trouves le vide et le désert devant toi et au-dessus de toi c’est sans doute qu’ils étaient d’abord en toi.
Hypérion de Friedrich Hölderlin

L’amour.

Je l’avais bien senti, bien des fois, l’amour en réserve. Y’en a énormément. On peut pas dire le contraire. Seulement c’est malheureux qu’ils demeurent si vaches avec tant d’amour en réserve, les gens. Ca ne sort pas, voilà tout. C’est pris en dedans, ça reste en dedans, ça leur sert à rien. Ils en crèvent en dedans, d’amour.
Voyage au bout de la Nuit.

Bo Diddley’s Mojo

Le « mojo » on l’a ou on l’a pas… BO l’a.

Plaintes d’un prisonnier

148231
Peinture: La muse de Virgile – Jean Baptiste COROT

La muse est un oiseau qui passe
Par les barreaux de ma prison
J’ai vu son sourire et sa grâce
Mais n’ai pu suivre son sillon.

Adieu, muse, va dire aux hommes
Ce soir de fête en la cité
Que dans les prisons où nous sommes
On meurt de les avoir aimés.

Max Jacob / plaintes d’un prisonnier

A rebours

3cf852a20a2fab979487453384d9d211
« En de magnifiques pages, il avait exposé ses amours hybrides, exaspérées par l’impuissance où elles sont de se combler, ces dangereux mensonges des stupéfiants et des toxiques appelés à l’aide pour endormir la souffrance et mater l’ennui. À une époque où la littérature attribuait presque exclusivement la douleur de vivre aux malchances d’un amour méconnu ou aux jalousies de l’adultère, il avait négligé ces maladies infantiles et sondé ces plaies plus incurables, plus vivaces, plus profondes, qui sont creusées par la satiété, la désillusion, le mépris, dans les âmes en ruine que le présent torture, que le passé répugne, que l’avenir effraye et désespère »

Joris-karl Huysmans à propos de Beaudelaire

Amen.

Hang down your head.

En beaucoup de domaines, j’étais un sentimental :
des chaussures de femmes sous le lit ; une épingle à cheveux abandonnée sur la commode ; leur façon de dire : « Je vais faire pipi… » les rubans qu’elles mettent dans leurs cheveux ; descendre le boulevard avec elles, à une heure et demi de l’après-midi, deux personnes marchant ensemble, simplement ; les longues nuits de beuverie, de tabagie, de discussions ; les scènes ; penser au suicide ; partager un repas en se sentant bien ; les plaisanteries ; les rires absurdes ; sentir les miracles dans l’air ; ensemble dans une voiture en stationnement ; comparer les amours d’antan à trois heures du matin ; s’entendre dire qu’on ronfle, écouter ronfler ; les mères ; les filles ; les fils ; les chats ; les chiens ; parfois la mort, le divorce, mais toujours continuer, s’accrocher ; lire seul le journal dans une buvette et sentir une nausée te retourner l’estomac, parce que maintenant elle est mariée avec un dentiste ayant un Q.I de 95 ; les courses de chevaux, les parcs, les pique-niques dans les parcs ; même la prison ; ses amis sinistres, tes amis sinistres ; ton goût pour la gnôle, son goût pour la danse ; ta drague, sa drague ; ses pilules, tes baises en douce, et elle qui fait pareil ; dormir ensemble… »
C.Bukowsky. WOMEN.

 

L’horloge

”Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,

Où l’auguste Vertu, ton épouse encore vierge,

Où le repentir même, oh la dernière auberge,

Où tout te dira : Meurs, vieux lâche, il est trop tard! »

C.Beaudelaire

Et le soleil par les trous

Auguste, mon père, lisait la « patrie ». Il s’asseyait près de mon lit cage. Elle venait l’embrasser. la tempête l’abandonnait… Il se relevait jusqu’à la fenêtre. Il faisait semblant de chercher quelque chose dans le fond de la cour. Il pétait un solide coup. C’était la détente.
Elle pétait aussi un petit coup à la sympathie, et puis elle s’enfuyait mutine, au fond de la cuisine.
Après ils refermaient leur porte…celle de leur chambre…Je couchais dans la salle à manger. Le cantique des missionnaires passait par-dessus les murs…Et dans toute la rue de Babylone y avait plus qu’un cheval au pas…Bum! Bum! ce fiacre à la traine…
L.F.Celine